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26/09/2025

Da-Larvi et le mouton de "Djeddi-Menguellet". Une anecdote de mon vilage.

Djeddi-Menguellet.jpgDans les villages de Kabylie, la mémoire populaire se transmet souvent par de petites histoires qui traversent les générations. L’une d’elles, encore racontée aujourd’hui dans mon village, est celle de Da Larvi, un homme simple, profondément attaché aux traditions de son temps.

Da Larvi n'avait que des filles, mais aucun fils. Dans une société où l’héritier masculin occupait une place symbolique et sociale particulière, ce manque pesait lourd sur lui. Alors, comme le faisaient souvent les villageois, il s’en remit au sacré : il promit au Saint du village voisin, "Djeddi-Menguellet", d’offrir un mouton si un garçon venait à naître. Le vœu fut exaucé. L’année suivante, un fils vit le jour : on le prénomma Madjid.

Madjid devint aussitôt l’enfant choyé, couvert de soins et de gâteries. Son père, heureux et fier, voyait en lui le signe de la bénédiction divine. Mais les années passant, le garçon se montra turbulent, insouciant, parfois même ingérable. À l’adolescence, il accumulait les bêtises, et son père, souvent absent mais toujours soucieux de son avenir, se désespérait de le voir un jour devenir un « vrai homme ».

Un jour, excédé, Da-Larvi monta jusqu’au sommet de "Thakavoucht", ce col (Tizi) qui fait face au marabout de "Djeddi-Menguellet". Là, levant les yeux et la mains vers le sanctuaire, il laissa éclater son amertume :

- " A Djeddi-Menguellet"! Je te rends ton Rachid et rends-moi mon mouton! "

Ce cri, mi-sérieux, mi-ironiquement désespéré, fit sourire ses voisins, mais traduisait aussi la fatigue d’un père dépassé par son fils. Pourtant, le destin allait prendre une tournure inattendue. Quelques années plus tard, après la mort de Da-Larvi, Madjid fut recruté pour travailler au Sud du pays dans une entreprise pétrolière. Loin de son village natal, confronté à la rigueur de la vie et aux responsabilités, il changea profondément. Celui que son père croyait perdu devint un homme sage, travailleur et respecté, un père de famille exemplaire.

Aujourd’hui encore, l’histoire de Da-Larvi et de son vœu à "Djeddi-Menguellet" est racontée comme une petite leçon de vie. Elle rappelle que les jugements d’un instant ne reflètent pas toujours la vérité d’un destin. Celui qu’on croyait voué aux échecs peut devenir, avec le temps, la fierté d’une famille.

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