01/02/2026
Amar Ould-Hamouda (1923–1956). Un enfant de Tassaft.
Né le 30 mai 1923 au village de Tassaft, Amar Ould-Hamouda est le fils de Mohamed Ouali Ben Akli et de Thourkiya Benabdeslam. Cousin du colonel Amirouche Aït Hamouda, il appartient à cette génération de jeunes intellectuels kabyles qui ont profondément marqué les débuts du nationalisme algérien moderne.
Élève brillant, il suit un parcours scolaire remarquable en fréquentant successivement l’École normale de Bouzaréah, puis les établissements de Boufarik, Miliana et Ben-Aknoun. C’est dans ce dernier lycée qu’il intègre le célèbre « groupe du lycée de Ben-Aknoun », aux côtés de figures appelées à jouer un rôle majeur dans l’histoire du mouvement national, telles que Hocine Aït Ahmed, Saïd Chibane, Omar Oussedik, Mohand Idir Aït-Amrane et Ouali Benaï.
Premiers engagements politiques
Après un échec au baccalauréat, Amar Ould-Hamouda choisit résolument la voie du militantisme politique. Dès 1942, il rejoint le PPA-MTLD, où il accède rapidement à des responsabilités importantes, notamment au sein du bureau politique. Militant d’une « Algérie algérienne », il se distingue par son trilinguisme, ses qualités d’orateur et sa solide formation idéologique. Ces atouts font de lui l’un des cadres les plus influents du parti en Kabylie.
Parallèlement, il développe une réflexion critique sur le fonctionnement du mouvement national, s’opposant notamment au leadership charismatique mais jugé autoritaire de Messali Hadj.
L’Organisation secrète et la crise berbériste
Au sein de l’Organisation Secrète (OS), Amar Ould-Hamouda est chargé de la responsabilité de la Kabylie. En avril 1948, il est désigné candidat à Michelet (Aïn El-Hammam) lors des élections à l’Assemblée algérienne. Toutefois, ses convictions politiques le placent rapidement au cœur des tensions internes du mouvement nationaliste.
Refusant une conception exclusivement arabo-musulmane de l’identité nationale, il défend avec vigueur l’intégration de la dimension berbère dans le projet d’indépendance. Cette position lui vaut un rôle central dans la crise dite “berbériste” de 1949, au cours de laquelle il est considéré comme l’un des principaux animateurs du courant contestataire, souvent présenté comme le numéro deux du mouvement.
Arrêté au printemps 1949 dans un tramway à Alger, il est incarcéré à la prison de Blida. Soumis à la torture, il refuse néanmoins de révéler son appartenance à l’OS. Exclu du parti pour ses positions qualifiées de « berbéristes », il revendique publiquement, en 1950, face à la police coloniale, son engagement et ses responsabilités au sein de l’Organisation Secrète.
À sa libération, il s’installe à Alger où il travaille comme représentant d’un distributeur de tissus, la maison Jonathan, aux côtés de Bachir Boumaza et de M’Barek Aït Menguellat.
De l’exclusion à la tragédie
Au déclenchement de la guerre de libération en 1954, Amar Ould-Hamouda est soupçonné de "Messalisme". Comme nombre de ses anciens compagnons, il devient victime des luttes fratricides qui traversent le mouvement national durant cette période troublée.
En 1956, convoqué par des responsables du FLN en Kabylie, il est soumis à un simulacre de procès au village d’Aït-Ouabane (commune actuelle d’Akbil, wilaya de Tizi-Ouzou), avant d’être exécuté par l’ALN, en même temps que M’Barek Aït Menguellat. Le lieu de leur sépulture demeure inconnu à ce jour.
Mémoire et réhabilitation
À la faveur de l’ouverture politique consécutive aux événements de 1988, une association culturelle dénommée "Tidukla Tadelsant Amar At-Hamouda" est créée en 1989. Elle se fixe pour objectif principal la réhabilitation de sa mémoire et la reconnaissance de son engagement politique et intellectuel, une revendication largement partagée dans son village natal de Tassaft et bien au-delà.
Aujourd’hui, Amar Ould-Hamouda demeure une figure emblématique de l’histoire contemporaine algérienne, à la croisée du combat nationaliste et de l’affirmation identitaire berbère. Son destin tragique illustre à la fois les fractures internes du mouvement de libération et les lourds sacrifices consentis sur le chemin de l’indépendance.
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Références
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Wikipédia, Amar Ould-Hamouda.
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Saïd Sadi, Amirouche : Une vie, deux morts, un testament. Une histoire algérienne.
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Ali Guenoun, Chronologie du mouvement berbère, un combat et des hommes, Alger, Casbah Éditions.
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18:31 Publié dans Personnalités du village | Lien permanent | Commentaires (0)

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