08/03/2026
Hommage à la femme kabyle et algérienne
« Technam ghef zzin iw. Tetsum izarfan iw! »
« Vous avez chanté ma beauté, mais vous avez oublié mes droits. »
Chaque 8 mars, le monde célèbre la Journée internationale des droits des femmes.
En Kabylie comme ailleurs, cette journée résonne d’un écho particulier : celui de femmes admirées, chantées, idéalisées… mais trop souvent oubliées dans leurs droits
Quand Ben Mohammed fait parler la femme
Le grand poète Ben Mohammed, auteur du légendaire A Vava Inouva, a su prêter sa plume à cette voix longtemps étouffée.
Dans "Technam ghef zzin iw", il écrit :
« Vous avez chanté ma beauté et mon honneur,
mais vous avez oublié de défendre mes droits. »
À travers ces mots, il ne célèbre plus la femme comme une icône figée, mais comme une personne consciente de son injustice.
Et c’est la voix sublime de Nouara qui portera ce cri au monde.
Nouara 75 : un album, un manifeste
Sorti en 1975, l’album Nouara 75 : La femme kabyle et ses problèmes reste un chef-d’œuvre intemporel de la chanson kabyle d’expression amazighe.
Chaque morceau plonge dans l’univers intérieur de la femme : ses rêves, ses amours, ses blessures et ses luttes.
Nouara n’y chante pas seulement la tendresse, mais aussi la colère et la lucidité.
Elle dénonce sans détour une société qui glorifie la femme tout en la réduisant au silence.
« Vous avez chanté ma beauté et mes valeurs,
mais vous avez oublié mes droits.
Maintenant que j’ai pris conscience de mon drame,
nous allons nous expliquer, vous et moi, une fois pour toutes. »
Naître fille : un départ inégal
Le premier couplet évoque la naissance, moment où la petite fille découvre déjà le rejet :
« Tout bébé que j’étais, je vous entendais exprimer votre désolation à ma mère.
Vous auriez préféré que je sois née garçon. »
Ces paroles traduisent une réalité douloureuse, celle d’une société où le genre détermine la valeur dès la naissance.
Un cri contre l’injustice originelle, celle qui crée dès le départ un fossé entre filles et garçons.
Le mariage : des illusions perdues
Vient ensuite le temps du mariage, souvent perçu comme une étape de bonheur :
« Une fois mariée, je croyais pouvoir savourer les délices de la vie… en vain ! »
Nouara met en lumière la désillusion de la femme-épouse, limitée à son foyer, privée de droits et d’espace.
La chanson dénonce cette réalité amère, où la femme reste cantonnée à un rôle de servitude malgré les promesses d’amour.
Maturité et espoir : le réveil de la conscience
Dans le dernier couplet, la femme ne subit plus : elle questionne, elle se dresse, elle espère.
« Ces injustices dureront-elles encore longtemps ?
Quand renaîtrai-je ?
Quand mon soleil se lèvera-t-il enfin ? »
C’est le moment de la prise de conscience.
Nouara chante ici la renaissance, celle d’une femme qui refuse de se taire, qui exige de vivre debout, égale et libre.
Un message universel
Ce cri de Nouara, écrit par Ben Mohammed, dépasse les frontières et les époques.
Il parle de la femme kabyle, de la femme algérienne, mais aussi de toutes les femmes du monde.
Celles qu’on admire sans leur donner la parole.
Celles qu’on célèbre sans leur rendre justice.
Aujourd’hui encore, "Technam ghef zzin iw" résonne comme une leçon de dignité et un appel à la mémoire.
Parce qu’on ne peut pas célébrer la beauté sans reconnaître les droits.
Parce qu’aucune société ne peut avancer sans la femme.
À méditer…
« Vous avez chanté ma beauté.
Vous avez oublié mes droits. »
En ce 8 mars, écoutons encore Nouara, relisons Ben Mohammed, et rendons hommage à toutes celles qui, dans le silence ou la chanson, se battent pour exister pleinement.
Source :
Djamila Addar, Montréal, Canada – tirrugza.tripod.com/id11.html
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