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22/08/2017

Contes de mon village: "A malin, malin et demi", l'histoire du hérisson et du chacal

youcef.jpgLa rivalité entre le chacal et le hérisson en matière de malice est à chaque fois mise en avant dans les contes kabyles. Le hérisson en sort toujours vainqueur. La preuve :

Une fois, sa Majesté le lion roi incontesté et incontestable de la forêt tomba subitement malade. Toute la forêt était ébranlée par la mauvaise nouvelle qui s'est répandue très vite et tous les animaux accoururent à son chevet. Tous lui conseillèrent des remèdes mais rien n'y fit, aucune potion, aucune infusion ne vinrent à bout du mal qui allait en s'empirant. Un jour M'Hamed le chacal vint voir discrètement le lion qui gémissait sur sa couche :

 - Sir ! dit le chacal.

 - Oui M'Hamed, parle ! Qu’est-ce que tu veux ?

 - Sir, si votre Majesté me le permet, je pourrais lui conseiller un traitement efficace ! Très efficace !

 - C'est quoi ce traitement ? J'espère pour toi que ce n'est pas encore un de tes tours !

 - Non Sir, c’est un remède tout à fait nouveau qui a fait ses preuves !

 - Bon ! Alors, c'est quoi ton remède ?.....Parle !!!

 - Sir, je vous conseille du sang, du sang de hérisson

 - Qu'on aille sur le champ chercher le hérisson ! Je le veux tout de suite ici ! s'écria le lion

Immédiatement un escadron de guépards (l'élite de la garde royale) s'en alla à la recherche de Maître Hérisson. Ils le trouvèrent chez lui et lui expliquèrent le but de leur visite. Sans tarder et toute affaire cessante, le hérisson vêtit son blouson à épines, ferma la porte de son logis et suivit docilement les superbes envoyés royaux.

Dès qu'il franchit le seuil de la salle du trône où se trouvait le lion, le hérisson vit M'Hamed, son éternel ennemi et comprit de suite d'où lui venait le coup. "Espèce de charognard de chacal ! Mais entre nous, rira bien qui rira le dernier" se disait-il dans son for intérieur.

 - Hérisson, te voilà enfin !

 - Oui Sir ! À ton appel, j'ai couru délaissant toutes mes affaires. Que me vaut cet honneur ?

 - Hérisson, je suis gravement malade et un de mes sujets m'a conseillé ton sang, il paraît qu'il est efficace !

 - Oh, oui Sir ! Mon sang te guérira sûrement mais à une condition !

 - Quoi ? Quelle condition ? Comment oses-tu poser des conditions à ma guérison ?

 - Sir, il y va justement de ta guérison !

 - Bon, quelle est donc cette condition ?

 - Sir, mon sang ne peut être efficace que s’il est mélangé à de la cervelle !

 - De la cervelle? Quelle cervelle? Demanda le lion irrité.

 - De la cervelle de M'Hamed, le chacal, Sir ! 

 Le lion malade souffrant et en colère se tourna vers M'Hamed. D'un coup de patte toutes griffes dehors, il lui fracassa le crane.

On ramassa la cervelle de l'infortuné chacal à la petite cuillère.

 - Hérisson, maintenant donne-moi ton sang !

Le hérisson tout tremblant, tendit sa petite oreille de laquelle on préleva quelques gouttes du précieux liquide et  regagna son logis en chantant tout heureux de s'être débarrassé de son pire ennemi.

N.B. : D'où l'expression kabyle "Dwa dakhel el moukh bouchène" (Le remède est dans la cervelle du chacal)

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Contes de mon village, recueil non publié de Youcef AIT-MOHAND, Janvier 2011

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