Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

07/08/2017

La figue, "Lekhrif": fruit de mon village

La figue est le fruit du figuier commun (Ficus carica) un arbre de la famille des moracées, emblème du bassin méditerranéen où il est cultivé depuis des millénaires.
518491698.jpg
Un peu d’histoire et de légendes
Porteur de fruits, reconnu pour ses bienfaits nutritionnels, le figuier est un arbre symbolique de l'histoire de l'Humanité.
La figue est à l'heure actuelle le plus ancien fruit domestiqué, après la découverte en 2006, dans la vallée du Jourdain de neuf figues parthénocarpiques, c’est-à-dire ne produisant pas de graines et dont l'intervention de l'homme était nécessaire à sa culture en recourant à des boutures. Ces figues seraient vieilles de 11 400 ans. La culture du figuier était déjà bien connue dès 3 000 av. J.-C. par les Egyptiens qui voyaient dans la figue un présent des dieux et l'aliment qui dans l'histoire de l'humanité, avait succédé au gland comme nous le montrent une fresque égyptienne remontant à 2500 ans avant Jésus-Christ , du site de Beni Hassan où figure une cueillette de figues ou encore les 300 chapelets de figues dans la tombe d'un pharaon de la XIXème dynastie à Saqqarah et des textes royaux d'Ougarit qui mentionnent des gâteaux à la figue. Le figuier était en Egypte le symbole de la fécondité.
Les Hébreux eux aussi le cultivaient. Dans la tradition judéo-chrétienne, le figuier est l’un des cinq arbres divins (avec la vigne, l’olivier, le palmier-dattier et le grenadier) que Dieu avait fait croître en Palestine. Les Phéniciens en exportaient en Grèce et à Rome.1550486154.jpg
Chez les Grecs, vers -100 avant JC, Pline l'Ancien évoquait déjà la culture de 29 variétés de figues différentes. Dans la mythologie grecque, cet arbre est fils de Déméter, la déesse de la terre et des moissons. C’était la nourriture idéale avec l'huile, le pain et le miel offerts par le lopin de terre du paysan.
Ce sont d'abord les Carthaginois qui répandirent le figuier en Méditerranée. Les Romains, par la suite, étendirent considérablement son aire en le plantant sur tout le pourtour de la Méditerranée. A Rome, il était l'objet d'un véritable culte car la légende veut que les fondateurs de Rome, Romulus et Remus, aient tété le lait de la louve à l'ombre d'un figuier. Les figues formèrent jusqu'au XXème siècle en Italie une part importante du repas du paysan.
Dans les religions, le figuier est souvent cité: dans les tables de la religion hébraïque , La figue et l’olive représentent respectivement la loi donnée sur le mont Sinaï à Moïse et celle révélée dans la cité sai1145283902.jpgnte de la Mecque ; dans la Bible, Genèse, chapitre 3, verset 7 : Adam et Eve, conscients de leur nudité se couvrent en cousant des feuilles de figuier ; dans le Coran, nous avons vu la sourate 95 ; dans la religion bouddhiste, on dit que c’est sous un figuier que Bouddha eut une de ses principales révélations. D'où ce surnom d'arbre de l'intelligence ou arbre de sagesse.
Fruit emblématique du pourtour de la Méditerranée, la figue joue un rôle important dans l’alimentation. Comme l'olivier et la vigne, le figuier est étroitement associée aux anciennes sociétés méditerranéennes. Par delà les civilisations et les religions, le figuier et son fruit restent au cœur des croyances, des coutumes, des pratiques qui évoquent ses vertus protectrices, fécondantes et régénérantes. C’est ainsi que plusieurs auteurs maghrébins ou européens de passage au Maghreb lui ont consacré des ouvrages :
- Ainsi le père Henri Genevois a écrit un ouvrage en 1917 ayant pour titre : "Sous les figuiers de Kabylie".
- Le marocain Saïd el Bouzidi lui a consacré l’ouvrage : ‘’Le figuier : histoire, rituel et symbolisme en Afrique du Nord ‘’.
- A. Ibazizen, dans son ouvrage “Le pont de Bereq’mouch’’ ou le bond de mille ans, fait une véritable ode à cet arbre. On peut ainsi lire :
« Il existe, certes, beaucoup d’autres arbres fruitiers en Kabylie ; mais aucune de leurs récoltes n’a reçu un nom particulier, spécifique. Tandis que celle du figuier porte un vocable qui émeut tout vrai Kabyle où qu’il soit : Elekhrif ! Après le temps de pauvreté, sinon de misère, que vivait la Kabylie en hiver et au printemps, il lui venait trois mois d’une abondance relative sous le règne du figuier.»
- Le grand romancier Mouloud Feraoun également vouait un culte à cet arbre nourricier :
«Il y a, près du village, un endroit qui appartient à tous. Les figuiers, les treilles, les cactus y sont à la disposition de tous. Le village en prend soin, les bergers le respectent. C’est pour les pauvres. Un endroit où par pudeur les riches et les moins riches ne mettent jamais les pieds. Il est là pour qui veut. Il n’y a vraiment que les nécessiteux qui veulent. Au village, personne n’est privé de figues. Quand on lève l’interdiction, nous sommes tous de la fête. Les maisons se vident avant l’aube ; les champs se renvoient l’écho des appels joyeux ; nous vivons un jour heureux, le premier jour de lekhrif ! Puis, qu’on ne demande plus après nous ! Nous sommes bien. Indiscutablement. Les figues fraîches et les raisins, nous savons les manger. Nous les mangeons par amitié pour nos figuiers et nos treilles.
Il faut arracher ce pédoncule, essuyer le lait qui suinte et se l’offrir tout entière. Telle qu’Allah vous la donne. Car elle est parfaite comme un mets divin qui n’a pas besoin d’apprêts. Lekhrif passe. Dans la bouche, nous gardons quelque temps le doux parfum de la dernière figue et aussi, comme un regret, les picotements de la dernière sève d’octobre. Les arbres allégés se redressent sans enthousiasme, prennent une mine ravagée et frileuse. Les champs retrouvent le silence, les chemins perdent leur animation. Si-Mehammed erre, désolé au fond des ravines pour y découvrir quelque pauvre figue lavée de son suc et égarée sous les larges feuilles jaunes. Mais déjà il baisse l’échine. Lekhrif est fini. Il sait ce qui l’attend»

Durant la colonisation, dans les cahiers du centenaire (1830) on pouvait lire : « On estime à 700 kilos la quantité de figues sèches consommées annuellement par une famille kabyle de six personnes… on compte 5 à 6 millions de figuiers dans toute l'Algérie. L'exportation absorbe plus de cent mille quintaux. La majorité est destinée à la consommation de table, et concurrence heureusement les produits smyrniotes, espagnols et italiens. Mais une certaine quantité est destinée à des usages industriels dont l'un des plus curieux est la fabrication du café de figues. La consommation de ce succédané du café est importante en Europe Centrale, et surtout en Autriche et en Tchécoslovaquie, où existent plusieurs usines qui se livrent à la torréfaction des figues de qualité inférieure. C'est un débouché sérieux pour quelques produits d'Algérie. On utilise aussi les figues pour la fabrication de l'alcool »

Un peu de botanique
Le figuier appartient à l'ordre des Urticales, famille des Moracées (comme le mûrier) et il fait partie du genre Ficus au milieu de 800 autres espèces comme le banian ou le caoutchouc. C’est est un arbre qui ne dépasse pas 7 à 8 mètres de haut et n'a souvent pas plus de 3 à 4 m, avec une cime basse, arrondie et étalée ; son tronc est trapu et épais pouvant dépasser 1 m de circonférence.
Le figuier préfère les sols perméables, riches, profonds et frais, mais accepte les terrains rocailleux ; il ne prospère qu'en exposition chaude et ensoleillée. Il commence à produire au bout de 12 ans et il continue à produire jusqu'à 50 ans, le rendement de chaque arbre étant de 50 à 80 kilos de fruits, selon la qualité des terres, le mode de culture, etc. En Algérie le figuier s'étend du bord de mer jusqu'à plus de 1000m d'altitude. Les régions de Béni-Maouche et Seddouk produisent 70 % de la production Algérienne et cultivent les variétés les plus renommées. Les figueraies représentent 170 ha dans la commune d’Illoula Oumalou, l’équivalent du tiers des plantations arboricoles, et la moitié de la superficie des oliveraies. Dans cette commune de la wilaya de Tizi Ouzou a été organisée la 1ère édition de la Fête de la figue en septembre 2007.
On compte actuellement environ 700 variétés de figuiers.

La figue que nous mangeons n'est pas à proprement parler un fruit, c'est un réceptacle au bout du rameau qui contient des fleurs femelles au fond et des fleurs mâles près de l'orifice. Lorsque la fécondation se fait, grâce à une guêpe, le réceptacle gonfle, les fleurs deviennent des petites graines, croquante sous la dent : les fruits. Quand elles sont mûres, elles font la perle : une sève blanche, nommée latex, coule du pédoncule, elle ressemble à du lait ce qui fait de la figue le symbole de la fécondité.
La fécondation des fleurs des figuiers femelles donnera au mois d'août et septembre les figues fruits qui peuvent être dégustées. En fait, les vrais fruits sont les innombrables petits grains qui parsèment la chair de la figue, ce que les botanistes appellent les akènes.

Les variétés de figues 1494441921.jpg
La figue est appelée du nom de la saison où elle mûrit : el khrif.
On trouve trois sortes de figues sur les marchés : la figue verte, la plus juteuse, à peau fine, la violette, la plus sucrée et juteuse, la noire, sucrée et un peu sèche, les premières figues, les figues fleurs mûrissent en juillet, mais la figue est généralement un fruit de fin d'été. Quelques variétés de figuiers que l'on peut trouver autour de la Méditerranée et ailleurs :
- Algérie : Azaich. En Kabylie, l’on cite au moins huit espèces, dont ajanjar, thaghanimt, thaghlit thaverkant, thachevhant, thaâmrawith, tigsemth…
- Egypte : Kahramani
- Maroc : Nabout,
- Palestine : Hdadi, Khdari, Kharroubi, Hmari, Mwazi, Tbani
- Grèce : Pregussata
- Inde : Poona
- Italie : Dattero, Fracazzano, Lucano, Paradiso, Pissaluto
- Japon : Horaishi

La consommation de la figue
Consommées fraîches (pour les palais délicats souhaitant éviter l'irritation du au suc de la queue, il vaut mieux peler la figue autour de la queue), en ingrédients de plats cuisinés ou séchées, elles étaient destinées à la consommation familiale mais aussi commercialisées. Leurs qualités gustatives, énergétiques, et digestives en font depuis toujours un aliment très prisé. Les figues séchées étaient consommées en guise de dessert ou le soir au cours de veillées. Le séchage était fréquemment pratiqué, il se faisait en plusieurs opérations, les fruits étaient séchés au soleil sur des claies de roseau. Il faut 3 kilos de figues fraîches pour faire 1 kilo de figues sèches.
La figue entre aussi dans la préparation des pâtisseries, où elle peut remplacer le sucre. ہA partir de la première moitié du 20° siècle, la confection de confitures de figues s'est répandue un peu partout, de même que sa conservation au sucre. Les figues peuvent être cuites en sirop pour calmer les maux de gorge. La figue constitue la matière première d’une eau-de-vie maghrébine : la Boukha tunisienne.
Les feuilles du figuier peuvent servir d’aliment de bétail, et le latex, séché et poudré, est utilisé pour la coagulation du lait, et sert aussi pour l’isolation d’une enzyme digestive.

La figue est avec le raisin l'un des fruits les plus riches en sucre (après la datte évidemment).183815335.jpg

La production de figues dans le monde
La place de la figue dans le marché mondial, serait de 1 million de tonnes provenant à 90% des pays méditerranéens et du Moyen-Orient. Jadis planté quasi exclusivement autour de la Méditerranée, le figuier a fait carrière dans monde et si Turquie, Grèce, Italie, Algérie, Espagne et Portugal figurent toujours dans le peloton de tête des pays producteurs, les U.S.A font désormais partie de ce groupe, grâce à la Californie qui est aujourd'hui un important producteur de figues qu'elle exporte très largement. Avec 40 000 ha et 4,3 millions d’arbres productifs à 80%, la part de notre pays dans la production mondiale s’élève à 7% loin derrière la Turquie (27%), l’Egypte (18%) et la Grèce (8%).
La culture du figuier en Algérie est concentrée dans les wilayas de Tizi-Ouzou, Béjaïa et Sétif représentant 7 % de la superficie arboricole du pays très largement dominée par l’olivier (33%), les arbres fruitiers à pépins et noyaux (30%) et le palmier-dattier (21%).

Les bienfaits de la figue
La figue fraîche ou sèche est très digeste et a une grande valeur nutritive surtout à l'état sec. Elle contient beaucoup de sucre, des protéines, des lipides, du potassium, du phosphore, du calcium, des oligoéléments, des vitamines telles la vitamine A, B et beaucoup de vitamine C à l'état frais, des fibres.
Parmi les constituants essentiels : les sucres, le potassium (232 à 250 mg/ 100g), le calcium (env. 60 mg/100g), le magnésium (17 à 20mg/100g), le phosphore (env. 14mg) et également du fer, du zinc, du manganèse, du fluor et du sélénium , les vitamines C (2mg), B3 (0,400mg), B5 (0,300mg), B6 (0,113mg), B1, B2, B6, A, E, K. Sa valeur énergétique est très élevée puisqu'elle peut atteindre 250 kcal/100g de figues sèches.

Qu'elle soient fraîche ou sèche, la figue a une grande valeur nutritive, utile aussi bien aux personnes âgées qu'aux enfants, aux accouchées, aux sportifs. Elle a des propriétés laxatives et émollientes. En effet, la figue favorise le transit intestinal et est très énergétique. Les figues sont surtout très utilisées pour leurs vertus médicinales dans les traitements contre les affections pulmonaires, la toux, les états d'anorexie, les troubles de la circulation sanguine, les varices, l'asthme, l'irritation de la trachée et de la gorge. Pour résister au froid, les populations rurales consomment des figues sèches en les associant souvent à l'huile d'olive le matin à jeun en hiver.
La figue fraîche n’est pas très calorique : elle apporte 57 kcal/100 g, autant que la pomme ou la prune. Séchée, le taux monte à 250 kcal/100 g.
Les antioxydants contenus dans les fruits et les légumes protègent d'un certain nombre de maladies. Les antioxydants neutralisent des substances nocives (les radicaux libres) résultant des réactions chimiques dans l'organisme ou alors sont évacués hors de la cellule, prévenant ainsi un risque de destruction des cellules. Grâce aux acides gras essentiels omega-3 et omega-6 et au phytostérol que contiennent les figues sèches, celles-ci jouent un rôle considérable dans la réduction du taux de cholestérol. Les acides gras omega-3 et omega-6 sont connus pour ne pas être synthétisés par l'organisme et que leur seule source est notre alimentation. En outre, ils sont indispensables pour le bon fonctionnement du cœur, du cerveau et du système nerveux.

Conclusion
La figue peut faire partie de n'importe quel régime spécial. Etant donné qu'elle ne contient ni lipides, ni sodium ni cholestérol, mais présente un taux élevé en fibres, c'est l'aliment idéal pour ceux qui veulent perdre du poids. De plus, les figues ont une teneur plus élevée en minéraux que les autres fruits. 40 grammes de figues contiennent 244 mg (de potassium (7% des besoins quotidiens), 53 mg de calcium (6% des besoins quotidiens) et 1,2 mg de fer (6% des besoins quotidiens). Le taux de calcium dans les figues est très élevé : en terme de teneur en calcium, la figue occupe la deuxième position après l'orange.
Grâce à leurs fibres abondantes, les figues stimulent le transit intestinal. Riches en sels minéraux et surtout en vitamines B, elles favorisent l’équilibre du système nerveux et permettent de diminuer les risques d’anémie.
Les figues sont également considérées comme un remède qui procure la force et l'énergie aux patients souffrant d'une longue maladie et cherchant à se rétablir rapidement. Elles éliminent les troubles physiques et mentaux et donnent au corps force et énergie. Le composant le plus concentré est le sucre, dont le pourcentage se situe dans une fourchette comprise entre 51 et 74% pour tous les fruits. La teneur en sucre des figues est l'une des plus élevées.

___________________________________________________________________________

Source: http://www.sante-dz.com

13:35 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (0)

Écrire un commentaire