Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

26/10/2017

Ma tante Na SMINA dite Smina Fadhma

youcef.jpgNa Smina était la cousine germaine de mon père. Née avec le siècle en 1900, elle était fille de Hamou, frère d’Akli, mon grand père.

Orpheline de ses deux parents dès son jeune âge, elle fut élevée par son oncle paternel Akli et son épouse Djouher Ath Ammor. Akli qui l’éleva comme sa propre fille la maria à un grand notable des Ath Aïdel qui la choyait comme une reine. Mais ne pouvant pas supporter les obligations de sa nouvelle situation d’épouse d’un grand Cheikh de Zaouïa, malgré le luxe dans lequel elle vivait, elle avait préféré tout abandonner pour rejoindre Tassaft et sa misère. Son caractère, très indépendant, ne pouvait souffrir d'aucune contrainte. Elle se remaria une deuxième fois à un homme originaire d’Agouni-Oufourou dans le douar Kouriet, avec lequel elle eut un fils qu’elle prénomma Chabane.

409024_252642991468854_1947277950_n.jpgSon caractère assez revèche ne lui avait pas permis de supporter toutes les charges liées à la vie en ménage. Elle abandonna mari et enfant et rejoignit Tassaft au désespoir de mes grands parents. Au bout d’une énième noce qui avait périclité comme les précédentes, Akli, de guerre lasse, la laissa mener sa vie à sa guise.

Quelque temps après la disparition de mes grands parents, Nana Smina, toujours amoureuse de sa liberté, préféra demander à mon père l’autorisation de vivre seule et de pourvoir elle-même à ses propres besoins. Mon père ne voulait pas au début accéder à son désir, mais elle fit intervenir les sages de la famille qui finirent par le faire fléchir et c’est ainsi que Na Smina se trouva "libre".

Avec sa liberté toute relative, Na Smina a toujours vécu dans l’honneur. En compagnie d’autres femmes du village, elle a sillonné toutes les vallées, toutes les plaines en quête de pâture pour sa brebis qui lui assurait chaque jour son petit bol de lait et jamais, au grand jamais, on a rapporté un simple ragot sur sa conduite toujours irréprochable. Elle a porté son nom avec fierté et disait souvent "Ait Mohand s’nignegh akine oulahed". Par respect aux siens, elle n’acceptait l’aumône de personne, et subvenait à ses besoins par le travail de la laine et de ce que lui donnait sa petite brebis. Elle acceptait difficilement ce que lui donnait mon père lors de ses arrivées de Mendes. Pour elle, sa fierté et son honneur étaient ses seules richesses.

397572_252642971468856_559674135_n.jpgMais celle qu’elle aimait beaucoup et qui le lui rendait bien, c’était sa cousine Tassadite ou ma tante Na Nassa. Pour Tassadite et ses enfants, elle était prête à relever tous les défis. Parmi tous les enfants de sa cousine, qu’elle chérissait beaucoup, Tamazouzt sortait du lot. Elle était disponible à satisfaire tous les caprices de "Zazou Lalache" comme elle l’appelait avec une débordante affection.

Na Smina était très belle. Véritable femme amazigh avec une belle taille, des yeux verts et une chevelure abondante. De ce que je me souviens d’elle, elle était, à plus de soixante ans, encore très vigoureuse et vaquait à ses affaires comme une jeune femme de trente ans. Elle avait le verbe facile mais elle était très susceptible. Un rien la chagrinait. Un rien la contentait. Il fallait toujours faire attention avec elle.

Copie de na smina......................jpgAu crépuscule de sa vie, elle consentit enfin à rejoindre son fils, chez qui elle mourut en 1990 à l’âge de 90 ans.

Merci Na Smina pour ta noble vie de femme, pour ton amour de la liberté, pour la sauvegarde de ton honneur et pour toute l’affection que tu nous as tous donnée.

Merci enfin pour notre nom que tu as toujours porté avec panache.

Dieu tout puissant saura te réserver une place dans son vaste Paradis, toi que la pierre de « Taîmoum n’a jamais quitté ton "Ichiwi".

------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------

Source: " Ma vie ou mes souvenirs", Recueil non publié de Youcef AIT-MOHAND,

Béjaia, Octobre 2011.

Commentaires

Bonjour Youcef,

Juste pour vous dire combien je suis fasciné par l'histoire de Na Smina (atsirhem rebi).
Moi même d'ath aidel, j'aimerai bien savoir le nom de son premier mari, si c'est possible bien sur.

Merci.

Écrit par : BALIT | 18/02/2013

Répondre à ce commentaire

Mon cher Balit, pour celui qui a épousé Nna Smina, je sais seulement que c'était un grand Cheikh qui était adepte de Sidi Amar et de la Zaouïa Amaria située dans notre village -Tassaft Ouguemoun. Ce monsieur était assez riche et avait fait le pélérinage de la Mecque.
Jusqu'à présent, il y a encore des Khouanes qui viennent de Ait Aïdel, de Seddouk et d' Akbou pour assister aux cérémonies cultuelles propres à la Zaouia Amaria qui se déroulent tous les Jeudis dans le sanctuaire situé chez nous au village de Tassaft Ouguemoun (Daira de Beni Yenni - Tizi Ouzou)

Écrit par : Youcef ait mohand | 20/02/2013

Répondre à ce commentaire

Écrire un commentaire