10/09/2026
L’école d’Abdekka
Abdekka était instituteur dans un petit village de la région de Chlef depuis les années soixante-dix. Au fil des années, il était devenu une figure respectée et estimée de toute la population. Plusieurs générations d’enfants du village avaient été ses élèves.
Puis vinrent les années de braise de la décennie noire.
Le village fut durement touché par le terrorisme et compta parmi ses enfants de nombreux jeunes qui rejoignirent les groupes armés. La violence et l’insécurité s’installèrent dans le quotidien des habitants.
À cette époque, les écoles furent particulièrement visées par les terroristes et la plupart de celles de la région furent incendiées. Pour les enseignants dont les établissements avaient été détruits, une mutation pouvait alors être envisagée.
Abdekka, inquiet et désireux de quitter le village, commença donc à nourrir un espoir aussi étrange que compréhensible : il espérait voir son école brûlée, comme toutes les autres de la région, afin de pouvoir bénéficier à son tour d’une mutation et aller enseigner ailleurs.
Chaque fois que les terroristes approchaient de son école, il se demandait si, cette fois, son souhait allait enfin se réaliser.
Mais chaque fois, les mêmes paroles retentissaient :
- « Ne brûlons pas cette école ! C’est l’école d’Abdekka, notre ancien instituteur. »
Et ils repartaient sans toucher à l’établissement.
Ainsi, alors que les écoles voisines étaient incendiées les unes après les autres, celle d’Abdekka resta miraculeusement intacte, épargnée par ceux-là mêmes qui auraient pu la détruire.
Abdekka finit par comprendre que le respect que ses anciens élèves lui portaient était plus fort que leur volonté de destruction.
Il perdit alors tout espoir de mutation et resta dans son école jusqu’à sa retraite.
Ironie du destin : Abdekka espérait voir son école brûler pour pouvoir la quitter. Finalement, il finit, malgré lui, par la sauver - et ce furent ses anciens élèves, devenus terroristes, qui l’empêchèrent de partir.
16:18 Publié dans Anecdotes | Lien permanent | Commentaires (0)

Écrire un commentaire