Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

03/09/2026

La fumée de la dignité

Il est des anecdotes qui paraissent, au premier abord, n’être que de petites histoires racontées pour amuser ou émouvoir. Pourtant, lorsqu’elles sont replacées dans leur contexte, elles deviennent de précieux témoignages sur une époque, sur les hommes qui les ont vécues et sur leur manière d’affronter les difficultés.

L’histoire de Dda Ferhat est de celles-là.

Elle se situe à la fin des années 1940, dans un village kabyle, à l’approche de l’Aïd-Thamokrant. La fête approchait et, comme le voulait la tradition, toutes les familles se préparaient à la célébrer.

En haute Kabylie du Djurdjura, "Thassewiqt", désignait cette journée qui précédait l’Aïd, au cours de laquelle les hommes se rendaient au souk pour effectuer les achats nécessaires à la fête. C’était aussi, selon la tradition, une journée particulière où les familles préparaient et consommaient de la viande de veau grillée sur les braises. Le parfum de la viande grillée faisait alors partie des senteurs familières qui accompagnaient cette veille de fête.

Cette année-là, Dda Ferhat, homme modeste mais qui n’était pas dans le besoin, se trouvait pourtant dans une situation financière qui ne lui permettait pas de faire face à toutes les dépenses. Pour le mouton de l’Aïd, il n’avait pas de souci particulier : son petit élevage familial lui permettait d’en disposer. Mais il ne pouvait pas acheter la viande de veau de "Thassewiqt".

Il aurait pu solliciter ses voisins ou ses proches. Mais il ne voulait surtout pas recevoir de dons et encore moins laisser paraître ses difficultés.

Alors, le jour venu, il ferma la porte extérieure de sa maison et demanda à son épouse et à sa mère de préparer un feu de bois.

Lorsque les braises furent bien ardentes, il y jeta, à intervalles réguliers, quelques morceaux de graisse.

La fumée odorante s’éleva bientôt au-dessus de la maison et se répandit dans tout le voisinage. De quoi laisser croire aux passants et aux voisins que, chez Dda Ferhat aussi, on avait ramené de la viande du marché et qu’on s’affairait à préparer "Thassewiqt".

Le stratagème aurait pu rester secret. Il ne fut révélé que bien plus tard par son épouse.

Ce jour-là, Dda Ferhat n’avait pas de viande de veau à faire griller. Mais avec quelques morceaux de graisse jetés sur des braises bien ardentes, il avait réussi à faire croire à tout le voisinage que, chez lui aussi, la tradition était respectée.

Une petite histoire, certes, mais qui en dit long sur la fierté, la pudeur et la dignité des hommes d’autrefois.

__________________________________________________________________________________________________________________________

Source : Inspiré de commentaires lus dans le blog: Aït Ali Ouharzoune – Retour aux sources. Consulté le 4 septembre 2026. Consulté le 4 septembre 2026.

01:22 Publié dans Anecdotes | Lien permanent | Commentaires (0)

Écrire un commentaire